Port au Prince Port Toujours – Chap.2 


Vivre avec la rage et le rire au bord de l’éclat, avec la certitude que seul l’instant présent compte, parce que l’avant importe encore moins que l’après.”

La semaine a été longue comme lorsqu’on a faim. Faim de savoir. Faim de vie. Faim de changements. Faim d’aventures.  Faim de liberté. Les jours se succèdent a Port au Prince, Frères plus précisément, selon la routine quotidienne lorsque tu es fille de privilégiés et cependant tu sais déjà que tes amis du quartier d’à coté, vivent une autre dimension de la vie. Une quotidienneté que ne change pas trop entre septembre et juin, lors des grandes vacances de fin d’année scolaire au lycée français Alexandre Dumas.

D’abord la fin de la journée vers treize heures en pleine lumière zénithale et tous les écoliers du primaire et secondaire en train de monter la pente jusqu’à la route principale ou se trouvent les voitures garées des chauffeurs, pour certains, les voitures des parents des autres et pour certains encore une autre pente pour arriver a la Panaméricaine et prendre une camionnette.  A cette époque la, les arbres qui entourent le lycée n’ont pas encore grandi et nous nous demandons toujours quel architecte a eu la mauvaise idée de construire tous les polyèdres aux murs blancs et aux toits rouges qui servent de salons de classe dans une cuvette ou la chaleur se concentre tellement qu’elle nous brûle les idées a certains et à la plupart, nous endort lors du dernier cours. Pour Ondine, ma meilleure amie et moi, il y a quinze a vingt minutes d’attente car Frantz, son papa, travaille en ville et c’est dans sa pause déjeuner qu’il vient nous chercher et nous emmener sa fille chez eux a Pèlerin, vers la montagne et plus haut que Pétion-Ville et moi, près de la route qui me rapproche de Frères. Là, j’ai quelques minutes en Tap Tap (1) ou une vingtaine de minutes de marche.

Pendant cette attente a la sortie des cours, nous parlons avec Amon, un des plus gentils garçons du cours et qui dessine divinement son cahier d’histoire. Nous finissons de programmer les prochaines coquineries avec Mistique y Valquirie, avec l’accord silencieux d’Ondine. Quelque fois on se laisse provoquer par Bob, on philosophe avec Paul, un des plus murs de la classe et on regarde de biais Ed. Je dis on, car plusieurs groupes se forment et se désarment selon les jours et affinités. On se taquine avec Oliver, on discute avec Huéto et je regarde Jo s’élancer avec Michel vers la direction opposée. Apprendre à rire des choses simples avec Brando, un français  qui avec ses deux ans de plus et sa passion pour la bonne cuisine, a l’air de vivre depuis des ages sur terre. Tout comme Amon, qui avec son calme dolceferniente m’intrigue souvent, moi qui suis toujours en alerte. Rire de tout et de tous pendant que la canicule et la chaleur de la cuvée où a été construit le lycée Alexandre Dumas en 1979, nous brûle le cerveau, nous incite à mille et une coquineries et ainsi d’échapper au temps rase (1). Certains d’entre nous vivent sur la cime de la montagne, à Kenskoff, Laboule ou Furcy car la temperature  de couleur se décline en plusieurs tonalités du vert, il fait même froid. Et la route pour y parvenir est parsemée de marchandes qui marchent pour vendre leur légumes et fruits en ville.  Ces montagnes ou “mornes” font honneur au nom d’Haïti: Pays de Montagnes. J’envie ceux qui ont négocié avec leurs parents leurs excellences académiques en échange d’autonomie, ils conduisent leur propre voiture depuis leurs quinze ans. Ils et elles vont et viennent sans la surveillance de leurs parents.  Pendant le trajet de retour chez moi, nous causons avec Ondine, des derniers potins “dumasiens”, pendant que son père nous observe mi-figue mi-raisin.

Ce jour-là, je marche sur cette route pas encore goudronnée jusqu’à notre maison, adjacente à une des gaguères les plus grandes de Port-au-Prince. Arriver à cet espace construit au milieu d’un bois est une délice. A midi, cet oasis exhume des parfums de jasmins, d’oranges et d’amendes. Je m’attarde un peu, avant d’entrer au salon, puis à la salle à manger. Aujourd’hui, le déjeuner est sous poudré de commentaires sur les implications de la coopération internationale sur la politique locale et les négociations avec les ministres de Jean-Claude Duvalier. D’autres fois, il y a des nouvelles sur la Colombie et une joie profonde me parcourt car il y a des lettres d’Isis, ma mère, avec des articles découpés du journal El Espectador et de la revue Alternativa et, bonheur suprême, des panelitas, qui ressemblent aux douces de Sara, la marchande du coin; de la pâte de guayave; des pastilles de chocolat Sol; des sucettes Bom bom bum et même des gommes aux saveurs soit disant tropicales, les Frunas. Ces douceurs me rappellent, que malgré que je me sens appartenir à cette île depuis toujours, mes origines sont de la cordillère sudaméricaine. Dans une autre enveloppe, Orestes, mon oncle, m’a envoyé du Sabajón, une sorte de Crémas ainsi que du Ron Viejo de Caldas, un rhum colombien dont je dérobe de temps en temps quelques gorgées aux bouteilles du bar de mes parents et qui est moins délicieux que le Barbancourt. “Il faut souligner que le rhum de la perle des Antilles n’a pas de comparaison dans la région, dans la planète et surement dans toute la Voie Lactée” tel est notre slogan avec Ondine, lorsque nous montons a notre royaume privé sous les amendiers de la terrasse. Souvent nos débats et chuchoteries sont interrompus par Infina, ma petite soeur qui depuis ses six mois rit aux éclats de nous comme si elle devinait nos coquineries. Ses questions et rires sont un oasis au milieu des discussions sur la politique des nos parents et de leurs amis qui n’ en finissent pas d’analyser les origines du début des problèmes de cette première république indépendante et surtout, de débattre sur son présent et futur. Un des meilleurd moments de la journée, c’est cette pause sur le toit de la maisonnée, une fois le repas en famille terminé, les devoirs finis, et les conversations au téléphone avec les uns et les autres. Des lectures, des rêveries, un début d’écriture , puis quelques mois plus tard, les premières echappées nocturnes. Lorsque Maud Saint-Soleil, mere d’Ed, nous loua la maison, c’est le bois environnant qui m’a le plus captivé ainsi que la vue de la terrasse et celle de tous les balcons. Mais aujourd’hui même la couleur mangue du ciel n’arrive pas à me distraire et mon regard se centre pour la première fois dans les dessins et sculptures des murs du jardin. J’y vois enfin les Vévés (2) et j’essaie de comprendre leurs messages, en essayant de me rappeler de la nuit dernière. Du salon, parvient la musique de Mustaki, des paroles dont la nostalgie m’ envahit toujours car elle me rappelle une autre vie en France, au début de ma vie, moi qui suis déjà vieille lorsque j’arrive en Haïti lors de mes huit ans et qui suis une habituée des déchirures des adieux et de la brièveté du bonheur: “Rien n’a changé, tout est comme avant; tout a changé, rien n’est comme avant…”.

Je suis la même et ne serais plus la même. J’ai ignoré plusieurs règles: m’échapper la nuit, assister à un culte païen, à l’encontre de la rigoureuse tradition cartésienne  et athée de mes parents; vouloir être l’élève d’un houngan étant étrangère et sans avoir reçu le légat d’une tante, une mère ou d’ une grand mère haïtienne. De plus, je prétends comprendre alors qu’il me faut désapprendre. Je me dis que la vie est courte, qu’elle ne vaut rien si l’on n’est pas foutu capable de se donner le temps et l’espace du risque. Je sens que je manque de temps, que pour assouvir cette soif, il n’y aura bientôt plus de trêve et surtout, pas de frontières. Et je n’ai pas de parents sur cette île. Des amis, qui sont mon autre famille, mais pas de liens de sang ici. Pas encore. N’ais-je pas rêvé avec la mer, les coquilles, les perles, les dauphins, même des sirènes? Est-ce des signes que je suis digne d’Agwe?  Il y tout un monde qui se révèle, dont j’ai perdu les symboles, tellement attentive jusqu’à présent a la contradiction permanente entre nos vies de privilégiés et la vraie vie de tout le reste, celle de mes nouveaux amis du coté de la ravine et des compagnons de jeux de nos premières années lorsque nous vivions a Pétion- Ville à Tête d’Lo. La vie quotidienne de ceux qui sont nés en Ayti Ti Pays Gran País, comme je me plais a le décrire sur mon journal. Ton pays, leur pays, votre pays…le notre même si certains n’y avons vécu que quelques saisons, quelques années ou un espacetempsdelinsouciencedespremieresdécouvertes…

Une semaine après, je me rends au second rendez-vous, s’il est possible d’appeler ainsi cette convergence. J’aurais pu y aller les yeux fermés. J’y avais déjà observé les allées et venues d’Antillome de sa maison vers le bois, tous les samedis et parfois, certains jeudis. J’en avais parlé à Oliver et à Huéto et nous avions spéculé sur toute sortes de loges et mystères. Le père d’Houéto, époux d’une collègue camerounaise de mon père, l’avait  initié aux secrets de l’ésotérisme et avait trouvé des oreilles avides chez Oliver, dont le père coopérant français ignorait tout des lectures et amitiés de son fils. Car on alternait les lectures des “autres savoirs” avec des livres d’érotisme et d’espions. Nous riions tellement a la récré que parfois venait nous rejoindre Paul et Manuela, la fille de notre professeur de biologie, une dame française qui nous a transmis la passion pour la science et le respect pour la nature, surtout.  Paul, haïtien de pure souche, restait en retrait mais avait toujours le mot de la fin pour nous faire revenir a la réalité avant la sonnerie, sans quitter son sourire.

Oui, depuis la première nuit que j’ai senti la puissance des tambours, je ne puis éviter de me rendre à ce rituel, dont seule la nuit et moi partageons. Je ne l’ai même pas dit à Ondine, ma Jumelle spirituelle. Ondine est allemande mais par son arrivée toute  petite a l’île par le second mariage d’Anya avec Frantz, elle est tout aussi haïtienne que les autres qui ont dix générations en arrière d’ancêtres de cette terre. C’est toujours avec surprise, que les nouveaux arrivés au lycée constatent que cette petite rousse a la peau si blanche et aux yeux turquoise parle si bien le créole.

La chaleur humide se concentre dans la partie inférieure du terrain, là ou les manguiers et avocatiers abondent. Le parfum des jasmins éclate mes sens et je suis un peu ivre. “Tu es Agwe, tu es goutte, ruisseau, fontaine, rivière et océan, convoque les éléments, oublie ton passé, tu es d’ici et d’ailleurs”, murmure une petite voix en moi. En avançant, je perçois le balcon de ma chambre à l’autre extrême de la maison. Je suis un peu fatiguée car en plus de la danse qui a duré longtemps, j’ai traversé deux montagnes pour aller au Péristile et refaire le chemin du retour. Cette matinée a été un présage du torride été que l’île va vivre dans les prochains mois. Je fais le tour de la maison par derrière afin de cueillir des amandes, je taquine Yann, un des deux chats qui paresse sur la véranda et je monte enfin au balcon, tout en faisant très attention a ne pas marcher sur les feuilles sèches.

Je suis une ninja et comme telle, même ma propre ombre ne peut me trahir“, me dis-je en souriant, faut bien ajouter un peu de piment à ma vie quotidienne. J’enleve ma tunique blanche, et laisse couler un fil d’eau afin non seulement d’enlever toute trace des huiles parfumées que la Mambo a mis sur mon corps, mais aussi toute trace des faits extraordinaires que je viens de vivre. Je mets donc “l’uniforme” du lycée: jeans, chemisette, tennis, les lunettes et les cheveux dans une couette. Je prends mon sac et je vérifie une dernière fois la scénographie: lit un peu désordonné, lectures diverses sur le bureau, fes esquisses de dessins et des pantoufles ça et là. Je me dirige vers la cuisine.

-Mmmh, change ton regard, petite, on dirait que tu as pris du clérin, toute la nuit, murmure Antillome avec un ton paternel, pendant qu’il met sur mon plat une de ses superbes crêpes suzette ¡Tu sais, je t’ai préparé aussi un jus d’orange avec piment oiseau pour te donner des forces, il faudrait pas que tu tombes malade ces jours-ci!

Je bois lentement mon jus, tout en essayant de soutenir son regard, et le remercie cérémonieusement.  Je n’en reviens pas des changements de ma vie et des dernières révélations: Antillome a une double vie et moi aussi. Et maintenant que j’y pense Ed, Jo, Oliver et Huéto aussi. Et puis les discussions sont passionnantes, nous passons des positions politiques, a l’environnement, au film à l’affiche au cinéma Concorde, au spectacle qu’il ne faut pas manquer au Triomphe ou au dernier livre partagé. Et bien évidemment,  ils s’engagent sur l’hypoténuse des courbes des demoiselles et nous, les filles, sur la carrure des épaules et le changement de voix chez ces jeunes garnements.  Entre Oliver, Houéto et moi, il en va même de Dieu, Yaveh, Allah, Damballah, Buda, Krishna, Zoroastre ou le Tao Te King. Et avec Ed des fous rires à faire pâlir les profs tellement on s’amuse à  l’arrière fe la classe avec Paul. Hier j’ai entendu, Mistique, qui complote avec Sandra sur des “classes pour bien embrasser” aux néophytes. Valquirie organise une fête de pyjamas avec Dalida avec Julie. Ondine et moi on écoute et on compare les différents programmes. Paul, qui se trouve derrière nous, rit à son tour avec Michel:

– Ti moun sa enfin réveillé, m pralé la cay Mystique pou we bel desod saa. De l’autre coté du salon de classes, Bob, nous jette une boule de papier avec un point d’interrogation comme message, en souriant.  Nous oscillons entre l’adolescence et l’age pré adulte. Amon pense qu’une fête s’organise et demande a y participer. Bruno et Jo font semblant de suivre la classe de maths mais surveillent les filles.

Il y a aussi Ben dont le silence est toujours le bienvenu, car complice et loyal, qualité rare entre les gremlins et zinneurs du lycée. Lorsque nous allons aux fêtes des Parza, une autre famille de colombiens, les parents de Ben, un couple de français d’ origines argelines, donnent des nouvelles sur cette autre histoire de France pendant que nos parents échangent sur la Colombie. Mais c’est surtout aux cours de gym que nous profitons pour former un petit groupe des tet chaud,  avec Makintosh, Paul et Hueto. Un an après le départ d’Ed, Jo arrive et avec Bruno et Michel, et les thèmes de nos discussions et moqueries se diverifient. De plus en plus, nos échanges portent sur le présent de l’île et sur son avenir.  Nous jurons que quoi qu’il arrive après nos différents départs et notre après le bac, il faudra revenir au pays et ensemble avec ceux qui sont nés en Haïti, “il faudra travailler pour le pays, le détourner de ce destin que nous croyons ne peut continuer d’être fatal”. Nous savons que nous sommes idéalistes, sûrement naïfs, mais nous jurons avec sang, cœur et feu.

Nous avons treize, quatorze et quinze ans le plus grand, Lucien, puis Jean Sourire et Les frères Le Cid, Michel et Marcus complètent la classe.  Jo invite les demoiselles à se joindre aux discussions car elles rient tellement dans leurs confabulations que s’en est contagieux: Naty, Isa, Tascha, Dalida et Gazelle y entrent. Bientôt Dan, Valquirie et Mystique proposent d’inclure d’autres variables dans ce serment de retourner sur notre île.

…No sabíamos que serían décadas después, en aquel entonces. Y que la diáspora haitiana y que los hijos de la cooperación internacional tendríamos una nostalgia tan grande como la de todo el Atlántico, la Mancha, el Mediterráneo, el Caribe y el Pacífico juntos. Ondine que nunca o casi nunca interviene, sugiere que nos preparemos a ser adultos y proclama:

– Vivamos, dudemos, caigámonos, levantémonos, pero nunca desistamos!

– ¿Si no sabemos bailar, cómo sabremos cómo enfrentarnos a las dificultades de la cotidianidad? Pregunta Mystique.

-¿Si no sabemos besar cómo sabremos cómo lidiar con las dificultades del intercambio? Susurra Bob.

– ¿Si ustedes no sabemos callar, cómo sabremos cómo dirimir las diferencias ideológicas? Ríe Jo.

-¿Vengan a mi casa… estamos armando un lio a la entrada del liceo: veámonos a las 4 de la tarde en Frères, propone Ed.

– ¡Anwey…!! gritan en coro Tasha, Isa y Naty, Dalila y Fabina y arrastran a Valquirie, soñadora como siempre.

Ondine me mira largamente y ya sé que tendremos una larga conversación esta noche cuando todos duerman en sus casas y que ya no seamos escuchadas en el teléfono. Imagino que me dirá que para qué hemos cambiado las clases de teatro de Mr. Heurtier por confabulaciones y castillos en el aire de proyectos más grandes que nuestras humanidades.

Las otras mujercitas de la clase, ”las florecitas en mar de amores tempranos” como las llamamos con Ondine, no sin ternura, porque son lindas, tímidas, inocentes aun algunas, otras no tanto, depure souche[13]mestizas, blanquitas, extranjeritas, están al igual que los hombrecitos, los Tuff Little Guys[14]en pro de nuevos descubrimientos. No que Ondine y yo no tengamos nada que aprender, pero sin que nadie lo sepa, nos hemos adelantado a la vida, somos hijas de padres divorciados, con familias recompuestas y sobre todo, tenemos el peso del dolor tempranamente conocido pero sabemos ser adolescentes low profile, o eso creemos. Sobre todo ahora tenemos un objetivo común, aparte de vivir como si fuese el último día. Julie y Dalila se han adelantado y están pidiendo permiso a sus padres, que son tan estrictos como los míos y han observado todo nuestro barullo con detenimiento e incluso, tomado notas. Son temibles: son de las más calladas con Ondine pero cuando hablan, silencian hasta las piedras.

Le he preguntado a Bijou y a Silvanne si están de acuerdo en acompañarnos a casa de Ed y han asentido y con este sí, nos alegran la tarde pues han logrado que Nataly también se sume, que aunque es más bien escéptica con nuestros entusiasmos, siempre nos apoya.

Ed, también subraya el silencio con un guiño y luego sale veloz hacia el carro de Amon para preparar la “base de operaciones”. Paul me toma de la mano y me desliza una nota. “Rêves oui mais philosophie aussi, compte avec moi. Nous y arriverons tous, un jour ou l’autre, il nous faut persévérer cependant.”[15]Jibé pasa en el carro de Amón con la música a todo volumen y grita que llevará los mejores discos del momento y nos provoca:

– ¿Qué es una reunión sin música, les gars, no pero.. quiénes se creen? Somos jóvenes y ustedes se están adelantando a los tiempos…apúrense que solo tenemos una vida!!!

Nada más cierto. Cada uno de nosotros tiene un delicioso sentido del humor y una burbujeante carcajada con la que borra todas nuestras incertidumbres. Qué decir del negrísimo humor de Valquiria o el desenfadado sarcasmo de Mystique? Y nuestras distracciones son muchas y, las travesuras aun más. Por ello es una delicia constatar que Tasha y Dalila se han sumado a las tardes infinitas de risas. Al comienzo son anodinas, esconderle la tiza a la profesora de español, robarse el casse-croute de las consentidas, sustraer los libros de los aconductados y reemplazarlos por los libros prohibidos de la biblioteca, cambiarle el calendario al profesor de matemáticas, hacernos los sordos con la profesora de inglés  y los tarados con la profesora de biología. Despues de unos meses, las bromas ya tienen otro matiz, son besos robados a la mitad de la clase, son lecturas prohibidas de los periodistas extranjeros, son conversaciones escuchadas en las casas de los padres de algunos y que son los que deciden el futuro de la isla o el futuro de la cooperación en el país. Leer y volver a leer varias versiones  de lo mismo, pues tantoLe Nouvelliste, como Radio Antilles Internationale cuentan asuntos distintos a la Voz de las Américas o a Radio France Internationale. Todos se conocen en este pequeño gran país pero todos tienen su particular versión de los hechos de los últimos 50 años. Una  serie de anécdotas contadas en secreto en la récré con los otros gremlins de la clase, mezcladas con los últimos potins internos y preguntas a ciertos profesores como Hervé Denis, nuestro profesor de economía o a Mr. Gaillard, nuestro profesor de filosofía y literatura haitiana, Maestros de vida.

En los primeros años del bachillerato no intervengo tanto. Pimero escucho, me fascina la necedad de todos ellos. Yo que llevo doble vida pues en mi casa no puedo ser insolente, ni traer el boletín con malas o regulares notas de los profesores sobre disciplina: en casa esperan mucho, tal vez demasiado. A mí me parece bien conocer y saber. Pero la exigencia de tener buenas notas de mis padres es a veces densa, no me deja un respiro en clase. Igual en esta jungla urbana en la que vivo, ahora agradezco siempre a mi padre su exigencia pues me despertó a tiempo. Uno no se puede distraer en este mundo. Y menos con la voracidad de los colegas periodistas. Y menos con los desmadrados de un sector y otro. Enfin que el recuerdo taladra mi ahora y vuelvo atrás, al ayer de la vida diaria en la isla. Después de hoy, regresar a casa ya no será lo mismo, ya que por fin tejemos artilugios con la red des copains[16], es decir  nosotros, los desocupados adolescentes que tenemos que llenar las horas de todas las tardes, entre las 2 de la tarde y las 12 de la noche, salvo las tardes de gimnasia de los miércoles.

Vuelvo a la realidad una vez en el carro. Trato de volver a mis “preocupaciones“ habituales: la poesía de la clase de literatura que aún no he memorizado,Parfums éxotiques de Charles Baudelaire, uno de los fascinantes poetas malditos franceses o los aparentemente anodinos versos “Le bonheur est dans le pré, cours y vite cours y vite[17]” o “Le bateau ivre” del eterno adolescente Rimbaud o los últimos grandes descubiertos, Aimé Cesaire y Carl Brouard con sus “Amours pharmaceutiques”. Y la fórmula de álgebra que debo recordar para la previa de primera hora si no quiero tener otra vez mala nota por estar confabulando en clase con los gremlins. Y es peremptorio negociar el permiso para ir a la próximaboum[18] con mis padres. Y bueno, también está nuestro profesor de economía, Hervé Denis,que se ha convertido en amigo de la casa y de quien no me pierdo  los últimos análisis de la política del país en tiempo real y por la misma fuente. No entiendo siempre los vericuetos del remedo de democracia local, parecida a la corruptela de Colombia, el país de mis abuelos, pero ya voy entendiendo que el dictatorzuelo que gobierna la isla desde sus 19 años, el Bebe Doc, pretende ejercer el poder sin convocar a elecciones por tanto o más tiempo que  François Duvalier, Papa Doc, su padre.

Unos días antes de mi primera conversación con Antillome, las confabulaciones con Ed, Jo, Huéto y Oliver hubiesen sido otro ítem de mi lista mañanera, pero esta mañana solo pienso en la ceremonia y en convertirme en una persona de confianza que pueda preparar en algún momento el altar. Ah y también debo ver cómo es posible que Jo, el joven que he visto hace unas noches, que es mi amigo de toda la vida pero que no he reconocido sino después de la ceremonia, haga parte del culto. Jo, el joven de andar felino de quien va leve por la vida. Él tampoco me ha reconocido. Tengo los ojos fijos en Antillome y es tal mi concentración en toda la liturgia, que por primera vez me percato que su mestizaje raya con el resto pues si bien su piel es como el petróleo sus rasgos finos y sus bucles denotan el cruce de orígenes entre Madagascar y Santa Lucia. Como Ed, pienso, pues tiene una piel canela que deviene del encuentro entre Algeria y Francia y toda su vida al sol y viento de Haití. Como varios de nosotros, sangres mezcladas entre África, América, Europa e incluso Medio Oriente.

“Pero esta historia no está en desarrollo, como dicen los periodistas de RFI que mi otra madre escucha” me digo, pues últimamente recuerdo que sí me dio tristeza cuando Ed, Dalila, Luis, Lisa y Zoca se fueron del país. Siempre que se va uno de nosotros me da un coup de blues[19].Cuando se fue Natte, hija de franceses que habían vivido en Vietnam o cuando se fue Chenda, una muñequita hija de tailandesa y francés de ultramar, me dio un vacío tremendo. O cuando partieron Huéto y Oliver, mis socios de lecturas prohibidas como SAS, la serie de literatura porno políciaca, los rosacruces y los escritores Jacques Stephen Alexis, Jacques Roumain. Me sentí indeciblemente sola. O incluso cuando los amigos de siempre como Paul, Michel, Brando y Bob dejaron de conversar conmigo sobre los temas que nos gustaban, porque empezaron a interesarse en el cambio de niña a mujer del resto de nuestras compañeritas de clase.

Antillome, que desde el primer día que entré a esa casa me ha cautivado, es una persona de día, alegre y leve y de noche, solemne y templado. Ahora sé que es un hombre sabio y trascendente. Hoy por ejemplo, me dice que siempre le ha sorprendido como nunca le pregunto por los ausentes y como observado que escucho atenta todas las anécdotas relacionadas con sus familias. Le contesto que prefiero que me cuente cómo se llevó a cabo la construcción de la casa en la que vivo, de propiedad de los Rolland y que tiene un concepto cosmogónico. Sobre todo, disfruto de todas sus experiencias aquí y en ultramar pues ha viajado con los Rolland por medio mundo. También me confía, con humor y picardía, que probablemente en un año regrese uno de ellos. Pienso para mis adentros “ Y? Ya habrá vivido allá en el extranjero, como si yo no lo fuera, pero me siento haitiana, habrá cambiado, ya no se acordará de nosotros y menos de sus cómplices de pupitre, yo ya me habré ido, ya no seré más una niña, de pronto sabré cual es el misterio de las mieles provocadas por los besos y habré por fin conocido las exquisiteces de la carne de las que tanto hablan los mayores de la clase, así que ni convocar su recuerdo”.Todos los jóvenes de mi clase aunque tengan mi edad o solo dos veranos más que yo, tienen el aplomo de aquellos que ya tienen garantizado el futuro. Son los elegidos, los privilegiados, como los denominamos con Ondine, en nuestras noches de tertulias en su casa en Pélérin o en la mía aquí en Frères, esta elite de amigos nuestros y a la que pertenecemos, este mosaico de nacionalidades, de sangres mezcladas, de culturas diversas y también un comienzo de ideologías nacientes… pero sobre todo, de formas de sentir y percibir el mundo.

El presente y el pasado se confunden en un solo grito de una de las mujeres vestida de blanco y rojo, una odalisca ébano que parece salida de la mismísima noche de los tiempos. Constato que los otros iniciados, parecen mis hermanos mayores. Recuerdo que los otros jóvenes no miranal joven iniciado, no hablan pero todos tienen respeto por él, incluso el Houngan. De pronto me equivoco y solo son suposiciones de novata. La ceremonia empieza y termina igual que la primera vez y al salir del rito, me siento extrañísima, como si hubiese soñado durante toda una noche. Suenan las palmas, todos se sacuden la solemnidad y me despiden de manera abrupta. O al menos eso creo pues pronto hemos salido del bosque y Antillome deja su rol de sacerdote y vuelve a ser el mismo de siempre.

Mi viejo cómplice y maestro a la vez, me pregunta con una sonrisa en la esquina de los ojos:

– ¿Vas a ir a la playa este fin de semana?

– Sí Antillome, creo…¿Por qué?

– Debes aislarte de los demás y entrar en contacto con los delfines, debes entrar en contacto con nuestros hermanos del agua, ellos te enseñarán su lenguaje, es preciso saber escucharlos: los delfines pueden ver de maneras que nosotros no podemos…si les abres tu corazón.

Ese fin de semana, voy como siempre con Ondine y su familia que es también la mía, a la playa, y me confiesa con gran entusiasmo sus ganas de aprender de los delfines. Esperamos todo el día hasta que por fin un delfín aparece del lado del muelle. Entramos al agua, y ocurre lo maravilloso, el más bello recuerdo de mi primera vida: un delfín surge a pocos metros del lugar donde nadamos, da varias vueltas alrededor nuestro y finalmente y, ante nuestro estupor, se acerca y emite un sonido como carcajadas de niño. Le toco la aleta, la acaricio. Solo unos días después puedo por fin nadar a su lado. Otros delfines también se acercan, como probando que tan confiable soy. El sonido de gaviotas, las olas golpeando la playa, el color turquesa, el sabor del agua de mar, la sal… es ensordecedor recordarlo.

 

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