Port au Prince Port Toujours – Chap.2 


Vivre avec la rage et le rire au bord de l’éclat, avec la certitude que seul l’instant présent compte, parce que l’avant importe encore moins que l’après.”

La semaine a été longue comme lorsqu’on a faim. Faim de savoir. Faim de vie. Faim de changements. Faim d’aventures.  Faim de liberté. Les jours se succèdent a Port au Prince, à Frères plus précisément, selon la routine de tous les jours lorsque tu es fille de privilégiés et cependant tu sais déjà que tes amis du quartier d’à coté, vivent une autre dimension de la vie. Un quotidien que ne change pas trop entre septembre de l”année cours et juin de l’année suivante, lors des grandes vacances de fin d’année scolaire au lycée français Alexandre Dumas.

D’abord, la fin de la journée vers treize heures en pleine lumière zénithale et tous les écoliers du primaire et secondaire qui montent la pente jusqu’à la route principale ou se trouvent les voitures garées des chauffeurs, pour ceux dont statut leur permet, les voitures des parents des autres et pour quelques rares, une autre pente pour arriver a la Panaméricaine et prendre une camionnette, transport commun entre Port-au-Prince, près de la mer et Petion-ville, dans la montagne.  A cette époque là, les arbres qui entourent le lycée n’ont pas encore grandi et nous nous demandons toujours quel architecte a eu la mauvaise idée de construire les polyèdres aux murs blancs et aux toits rouges qui servent de salons de classe, dans une cuvette où la chaleur se concentre tellement qu’elle nous brûle les idées à certains et à la plupart, nous endort lors du dernier cours à midi. Pour Ondine, ma meilleure amie et moi, il y a de quinze à vingt minutes d’attente car Frantz, son papa, travaille en ville et c’est dans sa pause déjeuner qu’il vient nous chercher et nous emmener, sa fille chez eux a Pèlerin, vers la montagne et plus haut que Pétion-Ville et moi, près de la route qui me rapproche de Frères. Là, j’ai quelques minutes en Tap Tap (1) ou une vingtaine de minutes de marche jusqu’à la maison des Roland, que nous louons depuis deux ans. Cette maison est magique et le bois qui l’entoure, pleins de secrets.

Pendant cette attente à la sortie des cours, nous parlons avec Amon, un des plus gentils garçons du cours et qui dessine divinement dynasties de la Vallée des Rois de l’ancien Égypte sur son cahier d’histoire. Nous finissons de programmer les prochaines coquineries avec Mistique y Valquirie, avec l’accord silencieux d’Ondine. Quelque fois, on se laisse provoquer par Bob, on philosophe avec Paul, un des plus murs de la classe et on regarde de biais Ed. Je dis on, car plusieurs groupes se forment et se désarment selon les jours et les affinités. On se taquine avec Oliver, on discute avec Huéto et je regarde Jo s’élancer avec Michel vers la direction opposée. Apprendre à rire des choses simples avec Brando, un français  qui avec ses deux ans de plus et sa passion pour la bonne cuisine, a l’air de vivre depuis des âges sur terre. Tout comme Amon, qui avec son calme dolceferniente m’intrigue souvent, moi qui suis toujours en alerte. Rire de tout et de tous pendant que la canicule et la chaleur de la cuvée où a été construit le lycée Alexandre Dumas en 1979, nous brûle le cerveau, nous incite à mille et une coquineries et ainsi d’échapper au temps rase (1). Certains d’entre nous vivent sur la cime de la montagne, à Kenskoff, Laboule ou Furcy car la temperature  de couleur se décline en plusieurs tonalités du vert à la capitale d’Haïti. Il y a des endroits où c’est la chaleur te fait delirer et d’autres, quelques centaines de mètres plus haut, où il fait même froid. Et la route pour y parvenir est parsemée de marchandes qui traversent mornes et vallées pour vendre leur légumes et fruits “en ville”.

Ces montagnes ou “mornes” font honneur au nom d’Haïti: Pays de Montagnes. J’envie ceux qui ont négocié avec leurs parents leurs excellences académiques en échange d’autonomie et conduisent leur propre voiture depuis leurs quinze ans, comme Paul, Bob ou Amon. Ils et elles vont et viennent sans la surveillance de leurs parents.  Pendant le trajet de retour chez moi, nous causons avec Ondine, des derniers potins “dumasiens”, pendant que son père nous observe mi-figue mi-raisin. Il essaie de deviner la part de réel et d’imaginaire dans nos histoires et depuis que sa fille attire le regard des garçons, nous surveille de près. Moi aussi, car il est comme un second papa, grâce à l’amitié que nous avons depuis nos dix ans avec Ondine et à celle qui est née entre nos familles.

Ce jour-là, je marche sur cette route pas encore goudronnée jusqu’à notre maison, adjacente à une des gaguères les plus grandes de Port-au-Prince. Arriver à cet espace construit au milieu d’un bois est une délice. A midi, cet oasis exhume des parfums de jasmins, d’oranges et d’amendes. Je m’attarde un peu, avant d’entrer au salon, puis à la salle à manger. Aujourd’hui, le déjeuner est saupoudré de commentaires sur les implications de la coopération internationale dans la politique locale ainsi que sur les négociations avec les ministres de Jean-Claude Duvalier. D’autres fois, il y a des nouvelles sur la Colombie et une joie profonde me parcourt car il y a des lettres d’Isis, ma mère, avec des articles découpés du journal El Espectador et de la revue Alternativa et, bonheur suprême, des panelitas, qui ressemblent aux douces de Sarah, la marchande du coin; de la pâte de guayave; des pastilles de chocolat Sol; des sucettes Bom bom bum et même des gommes aux saveurs soit disant tropicales, les Frunas. Ces douceurs me rappellent, que malgré que je me sens appartenir à cette île depuis toujours, mes origines sont à la cordillère sudaméricaine. Dans une boîte en carton, Orestes, mon oncle, m’a envoyé du Sabajón, une sorte de Crémas, boisson à l’oeuf, lait et rhum. ainsi qu’un petit échantillon de Ron Viejo de Caldas, un rhum colombien dont je dérobe de temps en temps quelques gorgées aux bouteilles du bar de mon père et de Marite et qui est moins délicieux, évidemment, que le Barbancourt. “Il faut souligner que le rhum de la perle des Antilles n’a pas de comparaison dans la région, dans la planète et surement dans toute la Voie Lactée” tel est notre slogan avec Ondine, lorsque nous montons à notre royaume privé sous les amendiers de la terrasse.

Souvent nos débats et chuchoteries sont interrompus par Infina, ma petite soeur qui depuis ses six mois rit aux éclats avec nous, comme si elle devinait nos petits délits. Ses questions et rires sont un oasis au milieu des discussions sur la politique des nos parents et de leurs amis qui n’en finissent pas d’analyser les origines du début des problèmes de cette première république indépendante et surtout, de débattre sur son présent et futur. Un des meilleurs moments de la journée, c’est cette pause sur le toit de la maisonnée, une fois le repas en famille terminé, les devoirs finis, et les conversations au téléphone avec les uns et les autres. Des lectures, des rêveries, un début d’écriture , puis quelques mois plus tard, les premières echappées nocturnes. Lorsque Maud Saint-Soleil, mere d’Ed, nous loua la maison, c’est le bois environnant qui m’a le plus captivé ainsi que la vue de la terrasse et celle de tous les balcons. Mais aujourd’hui, même la couleur mangue du ciel n’arrive pas à me distraire et mon regard se centre pour la première fois dans les dessins et sculptures des murs du jardin. J’y vois enfin les Vévés (2) et j’essaie de comprendre leurs messages, en essayant de me rappeler de la nuit dernière. Du salon, parvient la musique de Moustaki, des paroles dont la nostalgie m’envahit souvent car elle me rappelle une autre vie en France, au début de ma vie, moi qui me sens déjà vieille lorsque j’arrive en Haïti lors de mes huit ans et qui suis une habituée des déchirures des adieux et de la brièveté du bonheur. La chanson s’ecoule dans le salon “Rien n’a changé, tout est comme avant; tout a changé, rien n’est comme avant…” .

Je suis la même et ne serais plus la même. J’ai ignoré plusieurs règles: m’échapper la nuit; assister à un culte païen, à l’encontre de la rigoureuse tradition cartésienne  et athée de mes parents; vouloir être l’élève d’un houngan étant étrangère et sans avoir reçu le légat d’une tante, une mère ou d’ une grand mère haïtienne. De plus, je prétends comprendre alors qu’il me faut désapprendre. Je me dis que la vie est courte, qu’elle ne vaut rien si l’on n’est pas foutu capable de se donner le temps et l’espace du risque. Je sens que je manque de temps, que pour assouvir cette soif, il n’y aura bientôt plus de trêve et surtout, pas de frontières. Et je n’ai pas de parents sur cette île. Des amis, qui sont mon autre famille, mais pas de liens de sang ici. Pas encore. N’ais-je pas rêvé avec la mer, les coquilles, les perles, les dauphins, même les sirènes? Est-ce des signes que je suis digne d’Agwe?  Il y tout un monde qui se révèle, dont j’ai perdu les symboles, tellement attentive jusqu’à présent a la contradiction permanente entre nos vies de privilégiés et la vraie vie de tout le reste, celle de mes nouveaux amis du coté de la ravine et des compagnons de jeux de nos premières années lorsque nous vivions a Pétion- Ville à Tête d’Lo.

La vie quotidienne de ceux qui sont nés en Ayti Ti Pays Gran País, comme je me plais a le décrire sur mon journal. Ton pays, leur pays, votre pays…le notre même si certains n’y avons vécu que quelques saisons, quelques années ou un espacetempsdelinsouciencedespremieresdécouvertes…

Une semaine après, je me rends au second rendez-vous, s’il est possible d’appeler ainsi cette convergence. J’aurais pu y aller les yeux fermés. J’y avais déjà observé les allées et venues d’Antillome de sa maison vers le bois, tous les samedis et parfois, certains jeudis. J’en avais parlé à Oliver et à Huéto et nous avions spéculé sur toute sortes de loges et mystères. Le père d’Houéto, époux d’une collègue camerounaise de mon père, avait  initié son fils aux secrets de l’ésotérisme et celui-ci avait trouvé des oreilles avides chez Oliver, dont le père coopérant français ignorait tout des lectures et amitiés de son fils. Car on alternait les lectures des “autres savoirs” avec des livres d’érotisme et d’espions. Nous riions tellement a la récré que parfois venait nous y joindre Paul et Manuela, la fille de notre professeur de biologie, une dame française qui nous a transmis la passion pour la science et le respect pour la nature, surtout.  Paul, haïtien de pure souche, restait en retrait mais avait toujours le mot de la fin pour nous faire revenir a la réalité avant la sonnerie, sans quitter son sourire.

Oui, depuis la première nuit que j’ai senti la puissance des tambours, je ne puis éviter de me rendre à ce rituel, dont seule la nuit et moi partageons. Je ne l’ai même pas dit à Ondine, ma Jumelle spirituelle. Ondine est allemande mais par son arrivée toute  petite à l’île par le second mariage d’Anya avec Frantz, elle est tout aussi haïtienne que les autres qui ont dix générations en arrière d’ancêtres de cette terre. C’est toujours avec surprise, que les nouveaux arrivés au lycée constatent que cette petite rousse a la peau si blanche et aux yeux turquoise parle si bien le créole.

La chaleur humide se concentre dans la partie inférieure du terrain, là ou les manguiers et avocatiers abondent. Le parfum des jasmins éclate mes sens et je suis un peu ivre. “Tu es Agwe, tu es goutte, ruisseau, fontaine, rivière et océan, convoque les éléments, oublie ton passé, tu es d’ici et d’ailleurs”, murmure une petite voix en moi. En avançant, je perçois le balcon de ma chambre à l’autre extrême de la maison. Je suis un peu fatiguée car en plus de la danse et des chants qui ont duré longtemps, j’ai traversé deux montagnes pour aller au Péristile et refaire le chemin du retour. Cette matinée a été un présage du torride été que l’île va vivre dans les prochains mois. Je fais le tour de la maison par derrière afin de cueillir des amandes, je taquine Yann, un des deux chats qui paresse sur la véranda et je monte enfin au balcon, tout en faisant très attention a ne pas marcher sur les feuilles sèches.

Je suis une ninja et comme telle, même ma propre ombre ne peut me trahir“, me dis-je en souriant, faut bien ajouter un peu de piment à ma vie quotidienne. J’enleve ma tunique blanche, et laisse couler un fil d’eau afin non seulement d’enlever toute trace des huiles parfumées que la Mambo a mis sur mon corps, mais aussi toute trace des faits extraordinaires que je viens de vivre. Je mets donc “l’uniforme” du lycée: jeans, chemisette, tennis, les lunettes et les cheveux dans une couette. Je prends mon sac et je vérifie une dernière fois la scénographie: lit un peu désordonné, lectures diverses sur le bureau, des esquisses de dessins et des pantoufles, un même mélo ça et là. Je me dirige vers la cuisine.

-Mmmh, change ton regard, petite, on dirait que tu as pris du clérin, toute la nuit, murmure Antillome avec un ton paternel, pendant qu’il met sur mon plat une de ses superbes crêpes suzette ¡Tu sais, je t’ai préparé aussi un jus d’orange avec piment oiseau pour te donner des forces, il faudrait pas que tu tombes malade ces jours-ci!

Je bois lentement mon jus, tout en essayant de soutenir son regard, et le remercie cérémonieusement.  Je n’en reviens pas des changements de ma vie et des dernières révélations: Antillome a une double vie et moi aussi. Et maintenant que j’y pense Ed, Jo, Oliver et Huéto aussi. Et puis les discussions sont passionnantes, nous passons des positions politiques, à l’environnement, au film à l’affiche au cinéma Concorde, au spectacle qu’il ne faut pas manquer au Triomphe ou au dernier livre partagé. Et bien évidemment,  ils s’engagent sur l’hypoténuse des courbes des demoiselles et nous, les filles, sur la carrure des épaules et le changement de voix chez ces jeunes garnements.  Entre Oliver, Houéto et moi, il en va même de Dieu, Yaveh, Allah, Damballah, Buda, Krishna, Zoroastre ou le Tao Te King. Et avec Ed des fous rires à faire pâlir les profs tellement on s’amuse à  l’arrière de la classe avec Paul. Hier j’ai entendu, Mistique, qui complote avec Sandra sur des “classes pour bien embrasser” aux néophytes. Valquirie organise une fête de pyjamas avec Dalida avec Julie. Ondine et moi on écoute et on compare les différents programmes. Paul, qui se trouve derrière nous, rit à son tour avec Michel:

– Ti moun sa enfin réveillé, m pralé la cay Mystique pou we bel desod saa. De l’autre coté du salon de classes, Bob, nous jette une boule de papier avec un point d’interrogation comme message, en souriant.  Nous oscillons entre l’adolescence et l’âge pré adulte. Amon pense qu’une fête s’organise et demande à y participer. Bruno et Jo font semblant de suivre la classe de maths mais surveillent les filles.

Il y a aussi Ben dont le silence est toujours le bienvenu, car complice et loyal, qualité rare entre les gremlins et zinneurs du lycée. Lorsque nous allons aux fêtes des Parza, une autre famille de colombiens, les parents de Ben, un couple de français d’ origines argelines, donnent des nouvelles sur cette autre histoire de France pendant que nos parents échangent sur la Colombie. Mais c’est surtout aux cours de gym que nous profitons pour former un petit groupe des tet chaud,  avec Makintosh, Paul et Hueto. Un an après le départ d’Ed, Jo arrive et, avec Bruno et Michel,  les thèmes de nos discussions et moqueries se diverifient. De plus en plus, nos échanges portent sur le présent de l’île et sur son avenir.  Nous jurons que quoi qu’il arrive après nos différents départs et après notre passage au bac, il faudra revenir au pays et ensemble avec ceux qui y sont nés, “il faudra travailler pour le pays, le détourner de ce destin que nous croyons ne peut continuer d’être fatal”. Nous savons que nous sommes idéalistes, sûrement naïfs, mais nous jurons avec sang, cœur et feu.

Nous avons treize, quatorze et quinze ans le plus grand, Lucien, puis Jean Sourire et les frères Le Cid, Michel et Marcus complètent la classe.  Jo invite les demoiselles à se joindre aux discussions car elles rient tellement dans leurs confabulations que s’en est contagieux: Naty, Isa, Tascha, Dalida et Gazelle y entrent. Bientôt Dan, Valquirie et Mystique proposent d’inclure d’autres variables dans ce serment de retourner sur notre île.

Zanmi mwen, à partir d’ici, la narration continue en espagnol et le récit inspiré par notre vécu en Haïti, deviendra une publication digitale.
Para los Amigos de aquí y de allá: a partir de ahora, la narración continúa en español y el relato inspirado por las vivencias en Haití, se convertirá en una publicación digital.

…No sabíamos que serían décadas después, en aquel entonces. Y que la diáspora haitiana y que los hijos de la cooperación internacional tendríamos una nostalgia tan grande como la de todo el Atlántico, la Mancha, el Mediterráneo, el Caribe y el Pacífico reunidos. Y que los exiliados volverían. Y los demás extranjeros pero haitianos de corazón, también retornariamos a cuenta gotas, escanciando la vida en cada encuentro por breve que fuese.

Ondine que nunca o casi nunca interviene, sugiere que nos preparemos a ser adultos y proclama:

– Vivamos, dudemos, caigámonos, levantémonos, pero nunca desistamos!

– ¿Si no sabemos bailar, cómo sabremos cómo enfrentarnos a las dificultades de la cotidianidad? Pregunta Mystique.

-¿Si no sabemos besar cómo sabremos cómo lidiar con las dificultades del intercambio? Susurra Bob.

– ¿Si no sabemos callar, cómo sabremos cómo dirimir las diferencias ideológicas? Ríe Jo.

-¿Vengan a mi casa… estamos armando un lío a la entrada del liceo: veámonos a las 4 de la tarde en Frères, propone Ed.

– ¡Amwey…!! gritan en coro Tasha, Isa, Naty, Dalila y Fabina arrastrando a Valquirie, soñadora como siempre.

Ondine me mira largamente y ya sé que tendremos una larga conversación esta noche cuando todos duerman en sus casas y ya no seamos escuchadas por el teléfono, intervenido por los padres. Imagino que cuestionará  el haber cambiado las clases de teatro de Mr. Heurtier por confabulaciones y castillos en el aire de proyectos más grandes que nuestras humanidades.

Las otras mujercitas de la clase, “las florecitas en mal de amores tempranos” como las llamamos con Ondine, no sin ternura, porque son lindas, tímidas, inocentes aún algunas, otras no tanto, unas pocas de pure souche[13], muchas mestizas, unas raras blanquitas e incluso extranjeritas como varias de nosotras, se han despertado, al igual que los hombrecitos, los Tuff Little Guys[14] a nuevos perfumes  sabores, sensaciones.

No que Ondine y yo no tengamos nada que aprender, pero sin que nadie lo sepa, nos hemos adelantado a la vida, somos hijas de padres divorciados, con familias recompuestas y sobre todo, tenemos el peso del dolor tempranamente conocido. Sabemos ser adolescentes low profile, o eso creemos. Sobre todo ahora tenemos un objetivo común, aparte de vivir como si fuese el último día. Julie y Dalila se han adelantado y están pidiendo permiso a sus padres, que son tan estrictos como los míos. Ellas han observado todo nuestro barullo con detenimiento e incluso, tomado notas. Son temibles: son de las más calladas con Ondine, pero cuando hablan, silencian hasta las piedras.

Le he preguntado a Bijou y a Silvanne si están de acuerdo en acompañarnos a casa de Ed y con este sí, nos alegran la tarde pues han logrado que Nataly también se sume, escéptica con nuestros entusiasmos y aún así, nos apoya.

Ed, también subraya el silencio con un guiño a la vez que salta veloz hacia el carro de Amon para preparar la “base de operaciones”. Paul me toma de la mano y me desliza una nota. “Rêves oui mais philosophie aussi, compte avec moi. Nous y arriverons tous, un jour ou l’autre, il nous faut persévérer cependant.”[15]Jibé pasa en el carro de Amón con la música a todo volumen y grita que llevará los mejores discos del momento provocåndonos:

– ¿Qué es una reunión sin música, les gars, no pero.. quiénes se creen? Seremos jóvenes pero muévanlo, que tenemos sólo vida carajo!!!

Nada más cierto. Tenemos torrido humor y burbujeante insolencia que barre con cualquier grieta o duda. Qué decir de la socarrona carcajada de Valquiria o el desenfadado sarcasmo de Mystique? Y la perversa sonrisita de todos ellos y la falsa inocencia de casi todas ellas. Entretenimiento no falta,  las expediciones a los intramuros aumentan y, las ‘aventuras” aun más. Es una delicia constatar que Tasha y Dalila ahora son arte y parte en las guirnaldas de risas previas a los ‘acontecimientos’. Cuando nos conocimos, teniamos casi todos unos nueve veranos y Las travesuras eran anodinas, esconderle la tiza a la profesora colombo haitiana de español, enardecer a las sucesivas expatriadas americanas que impartían inglés, ripostarle al cooperante francés que enseñaba matemáticas, esconderle la tiza a la maestra francesa de literatura, impacientar al instructor de educación física y deporte, robarse la merienda o casse-croute de las consentidas, sustraer los libros de los aconductados y reemplazarlos por los libros prohibidos de la biblioteca, cambiarle el calendario al profesor de física, hacernos los sordos con la profesora de redacción  y los tarados con la profesora de biología. Despues de unos meses, las bromas ya tienen otro matiz, son besos robados a la mitad de la clase, son lecturas prohibidas de periodistas extranjeros, son conversaciones en clave de los padres de algunos, transmitidas bajo cuerda a los hijos de los padres de aquellos bajo sospecha de la dictadura. También circulan informaciones sobre los que deciden el futuro de la isla aprovechándose del supuesto apoyo de la cooperación multilateral en el país. Leer y volver a leer varias versiones  de lo mismo, pues tanto Le Nouvelliste, como Radio Antilles Internationale cuentan asuntos bien distintos a la Voz de las Américas o a Radio France Internationale. Todos se conocen en este pequeño gran país pero todos tienen su particular versión de los hechos de los últimos 50 años. Una  serie de anécdotas contadas en secreto en la récré con los otros gremlins de la clase, sazonadas con los últimos potins de los mayores y como nó,  preguntas subyacentes a intelectuales como Hervé Denis, nuestro profesor de economía o a Roger Gaillard, profesor de filosofía y literatura haitiana, Maestros de vida.

En los primeros años del bachillerato no intervengo tanto. Pimero escucho, me fascina la necedad de todos ellos. Yo que llevo doble vida pues en mi casa no puedo ser insolente, ni traer el boletín con malas o regulares notas: en casa esperan mucho, tal vez demasiado. A mí me parece bien conocer y saber. Pero la exigencia de mi padre y su esposa, mi madre adoptiva, de tener excelentes notas es densa, no me deja un respiro en clase.

Igual en esta jungla urbana en la que vivo, ahora agradezco siempre a mi padre su exigencia pues me despertó a tiempo. Uno no se puede distraer en este mundo. Y menos con la voracidad de los colegas periodistas. Y menos con los desmadrados de un sector y otro. Enfin que el recuerdo taladra mi ahora y vuelvo atrás, al ayer de la vida diaria en la isla. 

Después de hoy, regresar a casa ya no será lo mismo, ya que por fin tejemos artilugios con la red des copains[16],  nosotros, los desocupados adolescentes que tenemos que llenar las horas de todas las tardes, entre las 2 post meridiem y la medianoche, salvo el escape de las horas del deporte, los miércoles.

Vuelvo a la realidad una vez en el carro. Trato de volver a mis “preocupaciones” habituales: la poesía de la clase de literatura que aún no he memorizado, Parfums éxotiques de Charles Baudelaire, ese fascinante poeta maldito francés o los aparentemente anodinos versos “Le bonheur est dans le pré, cours y vite cours y vite[17” o, “Le bateau ivre” de nuestro cuate, Rimbaud poeta adolescente y luego traficante y aventurero. Inspirantes los últimos descubiertos, Aimé Cesaire y su ‘Retour au pays natal’ y Carl Brouard con sus “Amours pharmaceutiques”. Y me falta aún la tal fórmula de álgebra por memorizar para la previa de primera hora, si no quiero tener otra vez mala nota por  confabular en clase con los gremlins. También es peremptorio negociar el permiso para ir a la próximaboum[18] con los de mi casa. Evoco a mi madre, en Cali si me hubiese dejado salir, con precauciones claro, pero no sería todo un tinglado. Ah y nuestro profesor de economía, Hervé Denis, se ha convertido en amigo de la casa y no me voy a perder ni una sola sílaba sobre sus análisis de la política interna en tiempo real y por la misma fuente. No entiendo siempre los vericuetos del remedo de democracia local, parecida a la corruptela de la de Colombia, el país de mis abuelos. Ya voy entendiendo, sin embargo, que el dictatorzuelo que ha heredado el poder en la isla desde sus 19 años, el Bébé Doc, pretende ejercer el poder sin convocar a elecciones por tanto o más tiempo que  su padre, François Duvalier, Papa Doc.

Unos días antes de mi primera conversación con Antillome, las confabulaciones con Ed, Jo, Huéto y Oliver hubiesen sido otro ítem de mi lista mañanera, pero esta mañana solo pienso en la ceremonia y en convertirme en una persona de confianza que pueda preparar a otros en el altar. No olvidar averiguar desde cuándo Jo, mi amigo de toda la vida y a quien no he reconocido hasta después de la ceremonia, hace parte del culto. Jo, el joven de andar felino de quien va leve por la vida. Él tampoco me ha reconocido. Tengo los ojos fijos en Antillome y es tal mi concentración en toda la liturgia, que por primera vez me percato  del extraño mestizaje del joven.  Raya con el resto de iniciados, pues si bien su piel es petrólea, sus rasgos finos y sus bucles, denotan el cruce de orígenes entre Madagascar y Santa Lucia. Como Ed, pienso, con rasgos blancos y estructura ósea negra, por el encuentro entre Francia y Haití. Al igual que el resto de nosotros, sangres mezcladas entre África, América, Europa e incluso Medio Oriente.

“Pero esta historia no está en desarrollo, como dicen los periodistas de RFI que mi madre escucha” me digo, pues últimamente recuerdo que sí me dio tristeza cuando Ed, Dalila, Luis, Lisa y Zoca se fueron del país. Siempre que se va uno de nosotros me da un coup de blues[19].Cuando se fue Natte, hija de franceses que habían vivido en Vietnam o cuando se fue Chenda, una muñequita hija de tailandesa y francés de ultramar, me dio un vacío tremendo. O cuando partieron Huéto y Oliver, mis socios de lecturas prohibidas como SAS, la serie de literatura porno políciaca; la historia de los rosacruces o los subversivos escritores haitianos Jacques Stephen Alexis, Jacques Roumain, entre otros. Me sentía indeciblemente sola.  Y después, aún más cuando los amigos de siempre como Paul, Michel, Brando y Bob dejaron de compartir confidencias conmigo al interesarse en el cambio de niña a mujer del resto de nuestras compañeritas de clase. Ondine, claro, pero ella también estaba viviendo el cambio y se encerró en su natural silencio.

Antillome, que desde el primer día que entré a esa casa me ha cautivado, es una persona alegre y leve de día y de noche, es solemne y templado. Ahora sé que es un ser sabio y trascendente. Hoy por ejemplo, me ha comentado que siempre le ha sorprendido como nunca le pregunto por los ausentes. Ha observado que escucho atenta todas las anécdotas relacionadas con sus familias. Le contesto que prefiero que me cuente cómo se llevó a cabo la construcción de la casa en la que vivo, de propiedad de los Rolland y que tiene un concepto cosmogónico. Sobre todo, disfruto de todas sus experiencias aquí y en ultramar pues ha viajado con los Rolland por medio mundo. También me confía, con humor y picardía, que probablemente en un año regrese uno de ellos. Pienso para mis adentros “Y? Ya habrá vivido todo allá en el extranjero. Si acaso se acordará, de la colombianita con la que reía tanto en curso. No sabrá que sí, que soy una de las extranjeras, pero por todos los dioses que ahora soy haitiana!  Habrá cambiado, ya no se acordará de nosotros y menos de sus cómplices de pupitre. Yo ya me habré ido. Ua no seré más una niña. Tal vez sepa cuál es el misterio de las mieles provocadas por los besos y habré por fin conocido las exquisiteces de la carne. Esas delicias prohibidas de las que tanto hablan los mayores de la clase. Seré virgen de cuerpo y Siete Leguas de espíritu. Solo le respondo:

– “Mejor ni convocar su recuerdo, Antillome, me voy al techo, queda un pedazo de sol en el horizonte”.

También es evidente que todos los jóvenes de mi clase tengan mi edad o sean dos veranos mayores, tienen el aplomo de aquellos con el futuro garantizado. Son los elegidos, los consentidos hijos del gran putas, como los denominamos con Ondine, en nuestras noches de tertulias en su casa en Pélérin o en la mía, aquí en Frères. Esta elite de amigos nuestros y a la que pertenecemos, son nuestro oasis en medio del infierno. Este mosaico de nacionalidades, de sangres mezcladas, de culturas diversas, es también un preludio de ideologías nacientes… pero sobre todo, de formas de sentir y percibir el mundo.

El presente y el pasado se confunden en un solo grito de una de las mujeres vestida de blanco y rojo, una odalisca de ébano que parece emerger de la mismísima noche de los tiempos. Constato que los otros ‘nuevos’, parecen más bien mis hermanos mayores. Recuerdo que los otros jóvenes no miran al joven que ya sé que es Jo. No hablan pero todos se inclinan imperceptiblemente ante él, incluso el Houngan. Me equivoco tal vez,  suposiciones de novata. La ceremonia empieza y termina igual que la primera vez. Trance. Fuego. Agua. Rugidos de las tambora sagradas.  Miedo. Nada. Calma. De nuevo el agua. Unas manos. Unos cantos. Silencio. Regreso al aquí y ahora. Retirar vestidos camisas y pantalones blancos así como pañoletas y lazos rojos. Vestirse y calzarse. Mirarse. Señal de ojos y brazos. Coro y fin. Busco al Maestro y me indica que puedo partir. Aún suenan unas palmas, se sacuden la solemnidad.  Salgo del bosque y espero. Despues de un momento o un siglo. Antillome deja su rol de sacerdote y vuelve a ser el mismo de siempre.

Mi viejo cómplice y maestro a la vez, me pregunta con una sonrisa en la esquina de los ojos:

– ¿Vas a ir a la playa este fin de semana?

– Sí Antillome, creo…¿Por qué?

– Debes aislarte de los demás y entrar en contacto con los delfines. Sabes que nuestros hermanos del agua, te enseñarán su lenguaje. Saber escucharlos es oír el mar. Los delfines pueden ver de maneras que nosotros no podemos…si les abres tu corazón.

Ese fin de semana, voy como siempre con Ondine y su familia que es también la mía, a la playa. Al comentarle sin hablarle de mis anteriores noches, sobre las palabras de Antillome, me confiesa que también ella quiere desde hace tiempos, aprender de los delfines. Esperamos entonces en el muelle durante horas hasta que un delfín se asoma en la línea del horizonte. Aunque nos hemos quedado dormidas, nos zambullirse de inmediato y ocurre lo maravilloso, el más bello recuerdo de mi primera vida: un esplendido animal nos acompaña a pocos metros. Nos adentramos mar adentro.  Salta con alegría, nos ‘habla’, nos salpica varias veces sin dejar de nadar en círculos cada vez más cercanos. Ante nuestro estupor, emite un sonido como carcajadas de niño muy muy cerca, casi podemos abrazarlo. Rozo su dorso, permanece inmóvil. Ondine lo acaricia delicadamente. Quieto. Y entonces vuelve a bailar y reír. Somos carcajadas. Una risa que aún resuena adentro.

Y se va. Solo unos días después puedo por fin nadar a su lado. Otros delfines también se acercan, como probando que tan confiable somos. Las aves, las chicharras, las olas, los peces, la playa turquesa y el cielo magenta,  la textura de la arena, de los cocos y los mangos, la sal y el sol… es ensordecedor recordarlo.